Longtemps entourées de doutes et de critiques avant même d’avoir roulé en piste, les monoplaces de Formule 1 version 2026 ont enfin commencé à livrer leurs premiers enseignements lors du shakedown de Barcelone. Et pour Oscar Piastri, il était temps de mettre fin à certaines spéculations jugées excessives.
Après avoir pris le volant de la McLaren MCL40 pour la première fois, l’Australien s’est montré clairement rassuré : malgré des changements techniques majeurs, les nouvelles F1 restent fidèles à l’essence de la discipline reine.
Voitures plus petites et plus légères, aérodynamique active, moteurs reposant sur un équilibre inédit entre électrique et carburant durable (50/50)… la saison 2026 marque l’un des bouleversements réglementaires les plus profonds de l’histoire récente de la F1. Un virage qui, jusqu’ici, n’avait pas fait l’unanimité parmi les pilotes.
Max Verstappen avait notamment qualifié les règles moteur de 2026 de “très mauvaises” dès 2023, tandis que Lance Stroll évoquait encore récemment une réglementation “un peu triste” du point de vue du plaisir de pilotage.
Après les essais de Barcelone et à une heure de la présentation de la livrée de la MCL40, Piastri a voulu remettre les pendules à l’heure.
“Elles sont clairement assez différentes de la génération précédente,” explique-t-il.
“Un peu plus petites, ce qui est toujours appréciable. Et vues de l’avant, elles paraissent plus agiles. L’aileron avant est beaucoup plus étroit. Je trouve qu’elles ont une belle allure. J’ai hâte de toutes les voir avec leurs livrées définitives mercredi.”
On a noté que le son change légèrement, mais sans révolution majeure. Plus fort en tout cas, grâce au retrait du MGU-H qui filtrait le son en sortie de turbo.
“Elles sonnent un peu différemment, mais globalement assez similaires. En revanche, au volant, il y a évidemment de grosses différences dans la façon dont fonctionne le groupe propulseur.”
Pour Piastri, le fait de rouler enfin en conditions réelles a été déterminant.
“C’était agréable d’aller à Barcelone et de réellement piloter la voiture en piste. Il y avait énormément de discussions et de spéculations, y compris de notre côté en tant que pilotes, sur ce que cela allait donner. Et c’était bien de découvrir que c’est toujours une Formule 1. Elle se comporte encore comme une F1 à bien des égards.”
Il reconnaît néanmoins que certains défis anticipés sont bien présents.
“Certaines choses que l’on pensait compliquées le sont effectivement, mais pas de manière aussi déroutante qu’on aurait pu l’imaginer.”
Puissance, gestion de l’énergie et adaptation mentale
L’un des grands enjeux de cette nouvelle ère concerne la gestion de l’énergie, avec des batteries nettement plus puissantes. Lando Norris, son équipier et champion du monde en titre, a d’ailleurs qualifié cet aspect de “plus grand défi” pour les constructeurs.
Piastri détaille les ajustements nécessaires au volant.
“Les choses sont un peu différentes. Le premier point auquel on s’habitue, c’est le son du moteur dans la voiture. On l’entend davantage et c’est un nouveau point de repère intéressant.”
“Mais c’est surtout l’exploitation de la puissance qui change la donne. À la sortie des virages, à pleine charge, vous avez énormément de puissance – plus que l’an dernier – avec moins d’appui et des pneus plus étroits, donc moins de surface de contact avec la piste.”
“Il faut bien apprendre certaines choses que l’on va devoir faire tout le temps : lever le pied, gérer l’énergie… On a déjà fait du lift and coast par le passé, mais pour des raisons différentes. Là, c’est un peu comme reprogrammer son cerveau.”
“Ce n’est pas apprendre une nouvelle compétence, mais comprendre une nouvelle raison pour laquelle on doit faire les choses.”
Malgré tout, la sensation de vitesse reste intacte.
“Il y a des choses auxquelles il faut s’habituer, mais au final, ça reste rapide.”
Des sensations différentes dans les virages rapides
Piastri souligne également une rupture claire avec les voitures à effet de sol introduites en 2022.
“Pour moi, c’est assez différent de l’an dernier. Avec les voitures à effet de sol, on générait énormément d’appui quand on était très près du sol. À haute vitesse, l’appui augmentait presque de manière exponentielle.”
“Cette année, le comportement est différent. Les caractéristiques des voitures ont clairement changé. Les F1 à effet de sol demandaient un style de pilotage très spécifique, notamment à l’entrée des virages. Peut-être qu’il y aura un peu plus de marge cette année pour gérer cela.”
“Il y a clairement des différences fondamentales dans le ressenti de la voiture.”
Autre nouveauté très attendue : le mode dépassement, qui remplace le DRS. Désormais, les pilotes pourront déclencher un surplus de puissance électrique lorsqu’ils se trouvent à moins d’une seconde d’un rival.
Piastri a pu en avoir un premier aperçu.
“Je me suis rapproché de quelques voitures et j’ai fait un dépassement, avec une différence de vitesse assez marquée,” raconte-t-il en souriant.
“Mais je pense surtout que l’autre pilote a été sympa et m’a laissé passer.”
“Les différences de vitesse seront peut-être un peu plus importantes qu’avec le DRS, mais je ne pense pas qu’il y aura des situations dangereuses avec des voitures roulant à des vitesses complètement différentes.”
“Ce sera intéressant de voir comment le mode dépassement fonctionne, notamment avec l’énergie supplémentaire que l’on peut récupérer. Ça pourrait réserver quelques surprises.”
“J’espère que ce sera meilleur pour la course. Mais honnêtement, tant qu’on ne sera pas à Melbourne, on ne le saura pas.”