Malgré les critiques récurrentes concernant le manque de dépassements et des courses parfois très processionnelles, Monaco n’envisage pas de transformer le tracé de son célèbre circuit urbain. Michel Boeri, président de l’Automobile Club de Monaco, assure que sa configuration restera intacte, alors que l’avenir du Grand Prix est désormais garanti jusqu’en 2035. Des évolutions pourraient en revanche concerner les infrastructures, notamment une voie des stands devenue trop exiguë pour répondre durablement aux besoins de la Formule 1 moderne.
Avec ses 3,3 kilomètres, Monaco possède le circuit le plus court du calendrier de la F1, mais également l’un des plus étroits. Ces caractéristiques, qui participent à son identité depuis près d’un siècle, constituent aussi son principal problème avec les monoplaces actuelles, dont les dimensions rendent les dépassements extrêmement difficiles.
Le tracé a pourtant évolué à de nombreuses reprises depuis l’organisation du premier Grand Prix en 1929. La géographie de la Principauté limite toutefois considérablement les possibilités d’élargissement ou de modification profonde.
Monaco a déjà gagné des terrains sur la Méditerranée afin de permettre de nouvelles constructions. Ce fut notamment le cas avec la création de la chicane dite “Nouvelle” il y a environ 40 ans. Mais Michel Boeri écarte l’hypothèse de nouveaux travaux destinés spécifiquement à transformer le circuit.
“Point très important, le circuit ne sera pas modifié, contrairement à ce que j’ai entendu beaucoup de personnes suggérer,” a déclaré le président de l’Automobile Club de Monaco à Nice-Matin. “Démolir ceci ou déplacer cela déclencherait automatiquement une nouvelle révision du circuit et nécessiterait une nouvelle homologation de la FIA.”
La position de l’ACM intervient alors que la pérennité du Grand Prix a été considérablement renforcée au cours des deux dernières années. La Formule 1 a prolongé à deux reprises son contrat avec Monaco, l’accord actuel garantissant désormais la présence de l’épreuve au calendrier au moins jusqu’en 2035.

Pour Boeri, Liberty Media a notamment pris conscience de la valeur que représente l’un des rendez-vous les plus historiques et reconnaissables de la discipline. Cela ne signifie pas pour autant que les négociations entre les deux parties ont perdu leur dimension commerciale.
“Ils ne sont pas là pour faire de la charité,” a-t-il expliqué. “Ils sont là pour gagner de l’argent. Et nous, nous sommes là pour leur en donner le moins possible et en gagner le plus possible nous-mêmes. C’est une confrontation simple et équitable sur un marché ouvert.”
Le dirigeant monégasque estime également que les relations avec les propriétaires américains de la F1 ont permis de dépasser certains débats qui accompagnaient régulièrement la présence de Monaco au calendrier.
“Nos amis américains ont compris à quel point nous pouvions être réactifs. Contrairement à ceux qui continuent d’appeler Monaco ’le manège’ et qui feraient bien de mettre à jour leur façon de penser, nous sommes parvenus à un accord de principe selon lequel le Grand Prix constitue une attraction majeure pour la Formule 1. Nous n’allions pas être constamment importunés pour savoir si un vibreur avait deux ou trois mètres de trop.”
Une voie des stands devenue trop étroite
Si toucher au tracé n’est donc pas à l’ordre du jour, l’Automobile Club de Monaco pourrait en revanche chercher à augmenter l’espace disponible autour de la voie des stands.
Boeri évoque notamment les possibilités offertes par une plateforme et un futur bâtiment. Ces projets pourraient permettre de repenser une partie des infrastructures du Grand Prix et, potentiellement, de renforcer encore sa présence à long terme au calendrier.
“L’avenir du Grand Prix est assuré jusqu’en 2035, mais avec cette plateforme et le bâtiment qui sera construit dessus, nous pourrions peut-être repenser la zone de la grille et éventuellement prolonger encore le contrat,” a-t-il indiqué. “Tout cela reste à définir.”
La voie des stands représente l’une des principales contraintes. Les garages monégasques disposent d’un espace particulièrement limité par rapport aux installations permanentes présentes sur la majorité des autres circuits du championnat.
“Ce n’est un secret pour personne que, par exemple, il sera difficile de conserver beaucoup plus longtemps la voie des stands dans sa configuration actuelle. L’espace est limité et les garages ne sont pas assez larges. Et quand on ne dispose pas de largeur au sol, on construit en hauteur.”

Boeri s’attend toutefois à ce que de telles propositions provoquent des résistances, notamment en raison des contraintes inhérentes à l’environnement urbain de Monaco.
“J’entends déjà toutes les objections, tous les ’ce n’est pas possible’ qui vont venir de ce secteur, mais les gens finiront par entendre raison. Je ne suis pas jardinier, mais il existe plus d’une sorte d’arbre, par exemple.”
Le fiasco des deux arrêts obligatoires
La question des dépassements reste néanmoins indissociable des discussions concernant Monaco. La difficulté pour les monoplaces modernes de se suivre et surtout de dépasser avait conduit la F1 à expérimenter une règle particulière l’année dernière, imposant aux pilotes d’effectuer deux changements de pneus pendant le Grand Prix.
La mesure n’avait pas produit l’effet espéré. La course était devenue encore plus processionnelle, plusieurs pilotes roulant volontairement à un rythme extrêmement lent afin de créer des écarts permettant à leurs équipiers de réaliser leurs arrêts sans perdre de position.
Les critiques formulées par les pilotes après cette expérience avaient finalement conduit à l’abandon de la règle.
La F1 a pourtant choisi une autre manière d’augmenter l’enjeu sportif du week-end monégasque : Monaco accueillera pour la première fois une course Sprint l’année prochaine. Une décision qui a surpris compte tenu des difficultés de dépassement caractéristiques du tracé.
La multiplication des qualifications modifiera donc le format du week-end, mais pas le circuit lui-même. Sur ce point, Boeri se montre catégorique : alors que Monaco possède désormais une visibilité contractuelle jusqu’en 2035 et envisage déjà les infrastructures nécessaires pour aller au-delà, l’identité du tracé historique restera préservée. Dommage…







